A propos de Wikipédia

Comment critiquer Wikipédia sans passer pour un détracteur rétrograde qui n’a rien compris à la « révolution numérique » ou au « développement communautaire » ?
Car, malgré les bonnes volontés et les professions de foi, les risques d’erreurs et de dérapages de cette « encyclopédie » sont loin d’être négligeables.
Photographie de Foofy titrée "Veronica caught vandalizing Wikipedia again" sous licence Creative Commons BY-SA.
C’est une inquiétude récurrente chez moi, mais beaucoup d’adeptes de Wikipédia ne semblent pas la partager : comment juger de la confiance à accorder au contenu de cette encyclopédie collaborative ?
Car Wikipédia est un projet éditorial sans précédent connu : une encyclopédie où les lecteurs sont aussi les rédacteurs. Tout le monde peut modifier les pages, ajouter ou supprimer du contenu. Dés lors, n’est-il pas légitime de s’interroger sur les éventuels risques d’une telle démarche à partir du moment où Wikipédia à l’ambition d’être une source pourvoyeuse de savoir pour l’ensemble des internautes ?
1. Les réactions épidermiques de la communauté
En fait, ce qui agace de prime abord, ce sont les réactions épidermiques de certains « wikipédiens » dés que l’on ose émettre des réserves sur la mécanique d’édition du projet. Des réactions que l’on pourrait résumer comme suit :
Meanwhile, criticism from outside the Wikipedia camp has been rebuffed with a ferocious blend of irrationality and vigor that’s almost unprecedented in our experience : if you thought Apple, Amiga, Mozilla or OS/2 fans were er, ... passionate, you haven’t met a wiki-fiddler. For them, it’s a religious crusade. [1]Andrew Orlowski, « Wikipedia founder admits to serious quality problems », The Register, 18 octobre 2005.
Cette défense est d’ailleurs souvent accompagnée d’un dénigrement des médias classiques qui ne seraient pas plus fiables. Comme si l’on pouvait allègrement casser du sucre sur le dos de la télévision [2] ou de la presse écrite, mais dés qu’il s’agit d’émettre des critiques sur la diffusion d’informations ou de savoir sur internet, là nous ne sommes plus que des attardés qui n’ont rien compris à la révolution numérique.
Nous devrions justement porter sur internet en général, et Wikipédia en particulier, un oeil critique beaucoup plus acéré que précédemment, parce que ce médium permet une diffusion de l’information beaucoup plus simple, rapide et large qu’auparavant. Une erreur publiée dans le Le Monde touchera quelques dizaines de milliers de personnes, voir plus si l’information est reprise par d’autres média sans être vérifiée [3]. Une erreur dans un article de Wikipédia touchera beaucoup, beaucoup plus de monde et beaucoup plus rapidement.
Les gardiens du Temple devraient garder ce précepte en mémoire : « Mieux vaut les critiques d’un ami que les compliments d’un ennemi ». Je ne dis pas que tous les détracteurs de Wikipédia lui veulent du bien, mais c’est le cas ici.
Tentons donc de voir plus clair dans cette affaire et dans les critiques formulées à l’encontre de l’encyclopédie. Elles sont principalement de deux ordres : la validité du contenu et les risques de manipulation.
2. Sur la validité du contenu
Une première critique récurrente tient au contenu même des articles de Wikipédia : jusqu’à quel point sont-ils fiables ? Ce n’est pas une question réglée puisque les créateurs de l’encyclopédie ont jugé nécessaire de créer une page d’avertissement :
Personne ne garantit la validité, ni l’exactitude, ni l’exhaustivité, ni la pertinence des informations contenues dans Wikipédia.Wikipédia : avertissements généraux, Wikipédia, 25 octobre 2005 à 11:46.
Donc, ce recul vis-à-vis de ce qui est dit sur Wikipédia est de facto gravé dans les principes de base de l’encyclopédie. Dont acte. Mais allons plus loin.
2.1. Rejet de l’argument d’autorité
Dans Wikipédia, aucun rédacteur n’a de prérogative sur les autres. Chacun apporte sa contribution de manière anonyme, et peu importe que vous soyez boulanger, étancheur-bardeur ou philosophe, vos propos seront traités de façon identique, et cela pour une raison simple :
À la base, Wikipédia constitue une reconnaissance du fait que l’on peut acquérir des connaissances non seulement à l’école, au collège ou à l’université, mais aussi de manière autodidacte, en visitant un musée, en faisant un voyage et dans bien d’autres circonstances, puisqu’en fait il y a tout simplement de multiples façons d’apprendre et de multiples contextes d’apprentissage.Patrice Létourneau, « Élite ou mérite ? (Dans la foulée de la critique de Larry Sanger) », Carnet de Patrice Létourneau, 24 janvier 2005.
A première vue, on ne peut que souscrire à cette affirmation. Sauf que dire qu’il y a de multiples façons d’apprendre et de multiples contextes d’apprentissage
pour tous les savoirs, donc pour tous les sujets pouvant être abordés dans Wikipédia, n’est pas forcément toujours pertinent, comme l’indique d’ailleurs M. Létourneau dans la suite de son article.
Par ailleurs, il est de plus en plus fréquent de voir rejeté le principe d’autorité sous prétexte d’un relativisme des savoirs, de la légitime prise en compte des cultures autres que la notre, et d’autres arguments un peu moins avouables. L’approche éditoriale de Wikipédia peut s’inscrire (partiellement) dans ce mouvement.
Pourtant, il y a là une confusion naïve (volontaire ou involontaire) entre des notions très différentes : la production du savoir, la diffusion du savoir et l’accessibilité à ce savoir. S’il est plus que légitime de considérer que le savoir doit être accessible à tous, comment justifier que tous, de la même manière, puissions construire et diffuser ce savoir ?! Il y a quelque chose qui m’échappe... L’apprentissage, la formation, la transmission, l’éducation, l’expérience n’auraient-ils plus aucun sens, ou tout un chacun acquérait-il un savoir de manière immanente ?!
On ne devient pas maçon en parlant de maçonnerie, on ne devient pas scientifique en lisant les journaux de vulgarisation ou les émissions à la télévision. Entre « il existe une multitude de manière d’apprendre » et « tout le monde peut écrire sur n’importe quoi », il y a tout de même une différence, non ?!
Pour réparer ma baignoire qui fuit, je préférais toujours suivre les conseils ou faire appel à un plombier plutôt que de compter sur le « savoir » de mon voisin qui regarde des émissions de bricolage en boucle sur France 3.
2.2. La force du nombre
Autre argument pour témoigner de la vigueur et des outils correctifs du projet communautaire, la force du nombre.
Sauf que, là encore, ce n’est pas parce que 10 000 personnes valident un article qui dit que 1 + 1 = 3 que cette assertion devient juste. Ce n’est pas parce qu’Einstein et des dizaines de chercheurs à sa suite ont dit que la masse d’un corps courbait l’espace que cela devient un « fait scientifique ».
La validité ou la pertinence d’un fait ne découlent pas du nombre de ceux qui le considèrent comme « vrai », mais des outils mis à notre disposition pour - justement - vérifier ou infirmer cette validité. Si nous ne sommes pas certains que les rédacteurs des articles disposent de ces outils, qui s’acquièrent par la formation, l’expérience, etc. (d’où la pertinence même du principe d’autorité décrit plus haut), qu’il y ait 1 ou 10 000 rédacteurs n’y changera rien.
Évidemment que la concentration de l’autorité, de cette capacité à « valider un fait », entre les mains de quelque uns est problématique, et la mainmise d’une poignée de grands groupes industrialo-médiatiques sur la presse et/ou l’audiovisuel est plus qu’inquiétante, mais la solution est-elle de diluer cette autorité dans une masse informe dont il est impossible de connaître les limites ? N’existe-t-il aucune autre voie que le tout ou rien ?
2.3. Le modèle de développement des logiciels libres
Autre argument pour légitimer l’approche communautaire de la rédaction de l’encyclopédie : l’exemple des logiciels libres. Mais Wikipédia n’est pas développée sur le modèle des logiciels libres. Si elle l’était, les interrogations seraient peut-être moins nombreuses.
Prenons un exemple : comment est développé un logiciel libre comme Firefox ? Il y a, à la base, une équipe de développeurs principaux qui décident à quoi va ressembler le logiciel ou les différents modules qui le composent ; ensuite, ce qu’on appelle la « communauté » participe à un développement dit « à la marge » : signalement de bugs, soumission de morceaux de code, de patches correctifs, tests de versions, écriture de documentations, de traductions, d’extensions ou plugins, entraides sur des forums ou des listes de discussion, etc. Si cette activité à la marge est pertinente, elle finit au bout du compte par être intégrée au logiciel [4].
Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne Wikipédia.
Le code d’un logiciel libre est effectivement accessible à tout le monde, mais qui va/a la possibilité de s’amuser à manipuler ce code ? Des informaticiens, des gens qui possèdent le savoir nécessaire. Le reste (dont je fait parti) ne développerons éventuellement qu’à la marge ; c’est ce qu’on appelle un « utilisateur/contributeur averti ». Et qu’est-ce qui est diffusé pour le grand public ? Le produit finit, compilé.
Les articles de Wikipedia sont accessibles à tout le monde, mais qui va/a la possibilité de s’amuser à les manipuler ? Tout le monde, parce que tout le monde sait lire et écrire et peut donc considérer qu’il/elle peut contribuer. Or, qui possède le savoir pour écrire sur l’histoire de la Mésopotamie par exemple ? Un assyriologue. Sur l’astrophysique ? Un astrophysicien.
Certaines disciplines peuvent très bien s’accommoder de « l’amateurisme » (aucune connotation péjorative dans ce terme, bien au contraire - du moins dans certains cas), y compris en sciences, et on accepte dés lors volontiers l’assertion de Patrice Letourneau. Que deviendraient certains savoirs astronomiques sans la horde d’amateurs traquant nuit après nuit les mouvements des petits corps du système solaire (astéroïdes, comètes) ou la variation de luminosité de certaines étoiles ?! Je suis moi-même un autodidacte en matière d’assyriologie, et je considère pouvoir vulgariser les principales notions de cette discipline. Mais cette vulgarisation a des limites, et Il n’y a pas de « physicien des particules amateur » ou de « généticien avertit ».
L’argument d’autorité prend donc dans certains cas tout son sens. Placer tous les savoirs au même niveau en leur appliquant le même principe éditorial, c’est nier les spécificités de construction des dits savoirs, et on en revient à ce relativisme qui provoque tant de dégâts, notamment en matière de culture scientifique du grand public.
3. La manipulation du contenu
Le second type de critiques formulées à l’encontre de Wikipédia concerne la crainte de voir son contenu manipulé.
Le projet part d’un précepte simple et louable : on considère que les contributeurs interviennent sur un article pour en améliorer le contenu. Mais, outre le fait que cette notion d’amélioration peut être radicalement différente en fonction des individus, ce principe de foi est là encore bien léger face à la dure réalité du web, où alors il faut m’expliquer d’où viennent les virus, les vers, les spams et autres nuisances ou arnaques de ce genre.
Ces activités mal intentionnées peuvent recouvrir de nombreux cas de figure : dénigrement, diffusion d’une idéologie, contre-information, paravent médiatique, publicité, propagande, etc.
La vigilance de la communauté wikipedia est-elle suffisante ? Une activité bénévole, même de plusieurs dizaines de personnes [5], serait-elle apte à corriger les « attaques » de, disons une dizaine d’individus rémunérés par un groupe X (quelque soit l’activité de ce groupe : politique, économique, spirituel) pour travailler 24h/24, pendant plusieurs semaines voir plusieurs mois, à diffuser le message qu’il veut faire passer, grossièrement dans un premier temps, puis de manière de plus en plus subtile jusqu’à ce que seuls des spécialistes du domaine puissent distinguer le fait de la manipulation ?!
Mais cette séduction ne dissipe pas les inquiétudes que suscite l’émergence possible d’un nouvel organe de référence parfaitement anonyme, et donc vulnérable à toutes les manipulations. Qui aura le temps et l’énergie nécessaires pour actualiser, jour après jour, Wikipedia ? Les plus impliqués, les plus militants, les mieux organisés.Daniel Schneidermann, « Wikipedia, ses espoirs, ses menaces », Libération, 14 octobre 2005.
Le pire, c’est que nous n’en sommes pas encore là. Les quelques débats et polémiques sur des dérives qui ont déjà eu lieu ne sont que des prémisses. N’est-il donc pas légitime de se demander ce que deviendra Wikipédia à partir du moment où elle sera effectivement un outil incontournable du web, et que des groupes de pression verront l’intérêt qu’ils peuvent retirer de la diffusion de leurs idées en son sein ?!
4. Une analyse scientifique de Wikipedia
Voilà donc rapidement présentées les principales critiques formulées le plus souvent à l’encontre de l’encyclopédie libre. Ce ne sont que des positions « de principe ». Mais la profession de foi des « wikipédiens » l’est tout autant puisque même si, à ma connaissance, aucune analyse d’envergure n’a encore été menée afin d’évaluer la pertinence de ces réticences, quelques études ponctuelles ont montré, du moins partiellement, qu’elles n’étaient pas totalement infondées (voir les liens en fin d’article).
Une approche expérimentale du débat pourrait être envisagée, à l’image de ce que The Guardian a fait en soumettant certains articles à une lecture critique de professionnels. Elle nécessiterait d’énormes ressources en temps et en compétences d’analyse qu’un travail purement bénévole ne pourrait fournir. Ce qui suit n’est donc qu’une ébauche de protocole.
Les tests à mener pourraient s’articuler en 4 étapes bien définies où l’on ferait varier les conditions initiales :
- Sélectionner un échantillon d’articles « représentatifs » de ce que l’on attend d’une encyclopédie. Ce ne serait pas forcément les entrées les plus lues ou les plus corrigées.
- Analyser leur contenu en fonction d’une grille de lecture prédéfinie, avec des critères qualitatifs classiques (pertinence des informations, citation des sources, etc.) tout en tenant compte des particularités propres à Wikipédia (analyse de l’historique et de la page de discussion).
- Modifier le contenu des dits articles en y insérant délibérément de fausses informations, là encore en faisant varier le degré de pertinence, et observer la réaction de la communauté (combien de temps avant que l’erreur soit corrigée, si elle est corrigée ?).
- Mener cette analyse sur plusieurs semaines, voir plusieurs mois, avec des échantillons constitués dans plusieurs disciplines (sciences du vivant, politique, économie, histoire, etc.).
5. La théorie de l’évolution sur Wikipédia
Mettons donc cette ébauche de protocole en pratique, de manière restreinte évidemment compte tenu des contraintes citées plus haut :
- La discipline choisie est celle des sciences du vivant, parce que c’est un domaine dans lequel j’ai été formé et qu’une première analyse peut ainsi être rapidement menée sans avoir besoin de consulter une documentation quelconque pour vérifier certains énoncés.
- « l’échantillon » sera constitué d’une petite série d’articles consacrée à la théorie de l’évolution. Les pages (article, discussions associées) ont été consultées les 25 et 26 octobre 2005.
- les points (3) et (4) seront juste envisagés théoriquement.
Je ne m’attarderais évidemment pas sur les fautes typographiques et/ou orthographiques (ce serait un comble venant de ma part :-). Le travail de SR est loin d’être évident.
Donc, que peut-on dire de « l’offre » Wikipédia en matière de théorie de l’évolution ?
5.1. La ligne éditoriale
Tout d’abord, c’est le gros bordel. Vous avez des articles un peu partout, sans aucune cohérence : « évolution », « théorie de l’évolution » qui redirige vers « évolution », « évolution (biologique) », sans parler d’une entrée « sélection naturelle ». Le premier sentiment est de se dire que les contributeurs n’ont apparemment pas une vision très claire de ce qu’ils veulent raconter, ou plutôt sur la manière de le faire. Comme je le disais plus haut, l’éditing est un métier.
Bon, on dira qu’il s’agit là d’une encyclopédie en train de se faire, que ce travail s’améliore au fil du temps. Mais, au bout de 4 ans d’existence de la version francophone, qu’un article (ou groupe d’articles) sur la théorie de l’évolution - sujet loin d’être anecdotique puisqu’il sous-tend l’ensemble des sciences du vivant - n’en soit que là, cela met très clairement à mal (1) le principe de la présupposée puissance d’édition de la « communauté » et (2) celui de la pertinence d’une ligne éditoriale laissée au jugement fluctuant des contributeurs.
5.2. Omissions, erreurs et lacunes
Pour ce qui est du contenu proprement dit, comment dire ?... Ce n’est ni fait ni à faire ! Cela a beau être une ébauche à compléter, le texte est très difficile à lire, par ses erreurs, ses omissions ou son manque de structure. C’est le genre de chose qui renforce les détracteurs de Wikipédia dans leur intime conviction. Quelques perles piochées au hasard :
Vous pourrez y chercher les noms de - en vrac - A.E. Wallace, Charles Lyell, Haldane, Wright ou bien des références au principe de Hardy-Weinberg, vous ne trouverez rien. Et il ne s’agit pas ici de chercher la petite bête : construire un (plusieurs) article(s) dans une encyclopédie, même pour le grand public, sans y insérer/expliquer/lier ne serait-ce qu’une fois les termes listés ci-dessus, ce n’est plus du travail « en train de se faire », c’est du manque de rigueur.
(...) d’une sélection sexuelle (obtenir une descendance : séduire ou forcer un partenaire) sur laquelle Darwin insiste suite à ses observations dans les Galapagos, mais qui fut un peu négligée par ses continuateurs jusque vers la fin du XXème siècle où Stephen Jay Gould remit l’accent sur cette notion.Collectif, « Sélection naturelle », Wikipédia, 12 octobre 2005 à 05:33.
C’est vrai qu’entre Darwin et Gould (où ? quand ? comment ?), rien n’a jamais été fait en matière de sélection sexuelle. Tsss...
D’ailleurs, les récurrentes références à Stefen Jay Gould qui, s’il fût un grand vulgarisateur et penseur de l’évolutionnisme, n’est pas non plus l’unique figure marquante de la discipline - hors champ médiatique s’entend - sont plutôt agaçantes [6]. Preuve une fois encore que les textes sont construits à partir de vulgarisation et non de sources primaires. Et la vulgarisation de la vulgarisation...
Faits paléontologiques : les fossiles témoignent de la disparition de certaines espèces d’êtres vivants, et ainsi d’une certaine mouvance de la vie depuis son apparition (datée expérimentalement d’il y a 3,5 milliards d’années).Collectif, « Évolution », Wikipédia, 26 octobre 2005 à 14:40.
Bien-sur, l’apparition de la vie il y a « 3,5 milliards d’années » à été datée « expérimentalement » (où ? quand ? comment ? par qui ?). Re-Tsss... La « mouvance de la vie » est aussi une notion qu’il faudra qu’on m’explique.
Enfin, quand on regarde les Liens proposés relatifs aux théories de l’évolution, on peut se demander s’il s’agit là des seules sources pertinentes auxquels on peut renvoyer les lecteurs. Cinq pauvres liens où, mise à part Talk.origin, rien de vraiment sérieux (Hominidés est un excellent site de vulgarisation, tout comme celui de Thierry Lombry, mais ce n’est pas ce que j’appelle des références en matière de théorie de l’évolution. Quant au reste...)
5.3. Le spectre de la manipulation
Passons maintenant à l’analyse des pages de discussion, qui sont censé témoigner de l’oeuvre en train de se faire. Je n’entrerai pas dans le détail de ces échanges qui me laisse parfois un peu perplexe qu’en aux compétences de certains contributeurs à écrire sur les sciences du vivant. Mais la page de discussion est intéressante parce qu’on y voit émerger une illustration de ce que pourrait être, à terme, le type de manipulation dont souffrirait Wikipédia.
Il s’agit d’une rhétorique archi-connue de ceux et celles qui « pratiquent » au quotidien les sciences en général, les sciences du vivant en particulier, et que l’on désigne sous le terme parfois impropre de « pseudosciences ». Pour faire court, un intervenant y tente d’expliquer en quoi la théorie de l’évolution est une absurdité, et un valeureux contributeur tombe dans le panneau en s’engageant dans un débat perdu d’avance, non pas par la faiblesse de ses arguments, qui sont souvent pertinents, mais par la mécanique même du dialogue qui s’est engagé. Il est toujours délicat de discuter avec ceux passés maître dans « l’art de ne jamais avoir tort ».
Alors, cette menace de manipulation se retrouve pour le moment sur la page de discussion, mais les rédacteurs de Wikipédia ont ici plutôt de la chance : on entend arrivé cette réécriture de la science à des kilomètres. Qu’en sera-t-il avec des individus qui savent mieux manier l’expression écrite, qui feront références à d’obscurs ouvrages ou à des notions qui nécessitent une expertise approfondie ?! Si des organes de diffusion spécialisés se sont laissés prendre par de telles manipulations [7], pourquoi Wikipédia ne le serait-elle pas ?!
5.4. Tests d’insertion de fausses informations
Imaginons pour terminer à quoi pourrait ressembler l’ultime étape de cette analyse. Elle pourrait prendre plusieurs formes :
Modifier la date de publication de certaines oeuvres ou l’orthographe d’un nom.
Ajouter de fausses données comme la théorie d’un chercheur fictif.
Pointer des incohérences (apparentes) de raisonnement ou ajouter des résultats de recherche polémiques.
En faisant varier la subtilité de ses fausses assertions et en observant la réaction des rédacteurs, nous pourrions analyser l’évolution du contenu dans le temps et construire ainsi un outil statistique mesurant pour partie la fiabilité des articles publiés sur Wikipédia.
6. Conclusion provisoire
Wikipédia est une formidable réussite de travail collaboratif. Partie de rien, ou de pas grand chose, l’encyclopédie est devenue l’une des principales destinations des internautes à travers le monde. Elle n’existe, ne peut exister que par la multitude de ses contributeurs. Vouloir brider ou encadrer son processus d’édition reviendrait à dénaturer son principe de base. Malheureusement, c’est par ce principe que les plus évidentes failles voient le jour. Doit-on donc se résoudre à accepter non seulement l’imperfection de l’information véhiculée, mais sa potentielle fausseté, même temporaire ?!
Quand je vois les lacunes des articles consacrés à un domaine que je connais bien, comment pourrais-je faire confiance à ce qui serait écrit dans des disciplines que je maîtrise mal ou pas du tout ? Ce ne seront sans doute pas les mêmes contributeurs qui auront rédigé les textes (quoique la pluralité de certains laisse rêveur), et cette méfiance peut même s’avérer infondée, mais comment en être certain ? Une profession de foi n’est pas suffisante.
En matière de communication il y a l’émetteur, le canal d’émission, le message et le récepteur. On peut considérer que seul le message (le savoir) compte, et que le canal (le wiki) permet une multiplicité des émetteurs (la communauté wikipedia) et, par là même, une plus grande pertinence du message véhiculé (qualitativement - plusieurs paires d’yeux valent mieux qu’une - et quantitativement - un plus grand nombres de récepteurs touchés). Mais c’est nier deux choses :
- La spécificité de la construction de chaque savoir. Un savoir scientifique ne se construit pas comme un savoir artisanal par exemple. Appliquer le même modèle de développement est une erreur qui tient à la méconnaissance de ces spécificités (on apprend que la Terre tourne autour du Soleil, mais on n’explique pas comment on le sait. On ne le sait qu’à partir du moment où l’on devient soi-même un producteur de ce savoir).
- Les liens qui lient chacun des organes du processus de communication. La forme du message est - et sera toujours - intimement liée à ce qui l’émet, à ce qui le véhicule et a qui il est destiné. Croire que cette intime relation sera gommée parce qu’on multiplie les émetteurs par le truchement du canal et là encore un peu facile. La source d’une information est tout aussi importante que l’information elle-même, et la « neutralité du point vue » semble illusoire à partir du moment où un article sera le sujet de conflits entre une multitude d’émetteurs qui n’auront pas les mêmes buts.
Finalement, on en arrive à revoir nos ambitions à la baisse :
In theory, Wikipedia is a beautiful thing - it has to be a beautiful thing if the Web is leading us to a higher consciousness. In reality, though, Wikipedia isn’t very good at all. Certainly, it’s useful - I regularly consult it to get a quick gloss on a subject. But at a factual level it’s unreliable, and the writing is often appalling. I wouldn’t depend on it as a source, and I certainly wouldn’t recommend it to a student writing a research paper. [8]Nicholas Carr, « The amorality of Web 2.0 », Rough Type, 03 octobre 2005.
Peut-être le terme « encyclopédie » est-il mal choisi, car on en vient à en exiger beaucoup trop. Sous le couvert d’une louable intention humaniste, on accepte ce qui paraîtrait inacceptable dans d’autres champs de diffusion du savoir, dans l’Education Nationale par exemple.
Mais le plus important sans doute, c’est que ces difficultés ne sont pas niées par une grande partie de la communauté wikipédienne, même si elle ne sont pas toujours envisagées à leur juste valeur. Une solution serait de construire un système d’édition justement comparable au développement d’un logiciel libre :
- une équipe réduite est en charge de l’édition de l’article, et seuls ses membres sont habilités à le modifier.
- une zone de dialogue avec l’ensemble des membres de la communauté où chacun peut proposer corrections, améliorations du texte.
- mise à jour régulière du dit article en fonction des discussions.
Pour synthétiser, un groupe restreint (qui peut se compter en dizaines de personnes) en charge d’un article, d’une thématique, et l’ensemble de la communauté qui développe « à la marge ». Progressivement, et à l’instar des logiciels libres, les textes ne pourraient que s’améliorer tout en évitant les éventuelles ou hypothétiques dérives.
Aujourd’hui, et pour reprendre l’analogie avec le développement des logiciels libres, on donne à voir aux lecteurs de Wikipédia les versions pre-alpha, alpha ou beta des articles. Cela reviendrait à ce que la fondation Mozilla ou Open Office.org publient les versions de test de leurs logiciels comme des produits finis, utilisables par tout un chacun. Or, et même si ces versions sont utilisables - dans la pratique - par n’importe qui (moyennant quelques efforts d’installation tout de même), ce sont avant tout les « utilisateurs avertis » décrits plus haut qui les utilisent et qui font remonter de précieuses informations pour améliorer/corriger le produit final. C’est cette étape qui manque - selon moi, à Wikipédia.
Est-il possible de la mettre en pratique dans un processus rédactionnel de l’envergure de Wikipédia ? Serait-ce souhaitable ou utile ? Ces craintes sont-elles finalement infondées ?
Ici, je n’ai fait que voir un verre à moitié vide en n’abordant qu’un unique aspect des critiques formulées à l’encontre de Wikipédia. D’autres internautes peuvent - à juste titre - le voir à moitié plein. A un moment de son histoire où l’encyclopédie acquiert une visibilité croissante dans d’autres médias, et attire donc l’attention d’acteurs aux intérêts divergents, l’avenir proche nous dira si ce verre finira par se remplir ou par se briser.
7. Pour poursuivre le débat
- Wikipédia, le site francophone de l’encyclopédie.
- Jimmy Wales, Free knowledge for free minds, le blog de Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia.
Voici une courte (donc non exhaustive) liste de textes pour poursuivre/approfondir le débat
- Nicholas Carr, « The amorality of Web 2.0 », Rough Type, 03 octobre 2005.
- Collectif, « Wikipédia : Réponses aux objections habituelles », Wikipédia, 26 octobre 2005 à 16:52.
- Yvon Corbeil, « Wikipédia », 01 février 2006.
- Divers, « Can you trust Wikipedia ? », The Guardian, 24 octobre 2005.
- Divers, Débat Cerise : à propos de wikipédia, Cerise, novembre 2004 - janvier 2005.
- Jim Giles, « Internet encyclopaedias go head to head », Nature, 14 décembre 2005.
- Patrice Létourneau, « Quelques études et articles sur la fiabilité de Wikipédia », Carnet de Patrice Létourneau, 14 février 2005.
- Patrice Létourneau, « Élite ou mérite ? (Dans la foulée de la critique de Larry Sanger) », Carnet de Patrice Létourneau, 24 janvier 2005.
- John Naughton, « Why encyclopaedic row speaks volumes about the old guard », The Observer, 9 janvier 2005.
- Andrew Orlowski, « Wikipedia founder admits to serious quality problems », The Register, 18 octobre 2005.
- Daniel Schneidermann, « Wikipedia, ses espoirs, ses menaces », Libération, 14 octobre 2005.
- Jean-Baptiste Soufron, « Autour de Wikipedia : L’encyclopédie libre Wikipedia face aux questions de crédibilité », Jean-Baptiste Soufron, 6 septembre 2004.
[1] Traduction : « Cependant, la critique provenant de l’extérieur de la communauté Wikipédia a été repoussée de manière virulente et irrationnelle d’une manière sans précédent pour nous : si vous pensiez que les fans d’Apple, Amiga, Mozilla ou OS/2 étaient... disons passionnés, c’est que vous n’avez jamais rencontré un accro de Wikipédia. Pour eux, il s’agit d’une croisade religieuse. »
[2] Je ne m’en prive pas moi-même, surtout en matière d’information scientifique.
[3] Ce qui est malheureusement souvent le cas.
[4] Ce fut le cas par exemple du correcteur orthographique de Mozilla, une extension intégrée au logiciel après 3 ans de développement.
[5] Il faudrait d’ailleurs évaluer combien de personnes éditent effectivement un article particulier. S’il y a des milliers de lecteurs, il n’y a pas des milliers de contributeurs pour un texte donné.
[6] Ou, pour préciser ma pensée, des scientifiques qui ne sont pas cités ou que très peu, auraient mérité de l’être plus comparativement à Gould.
[7] On peut penser au magazine Nature, qui publia en son temps des articles sur « la mémoire de l’eau » ou, plus récemment, sur le clonage d’embryons humains par une équipe de recherche sud-coréenne.
[8] Traduction : « En théorie, Wikipédia est une belle idée - elle serait une belle idée si le web nous amenait à un niveau supérieur de conscience. Pourtant, dans les faits, Wikipédia n’est pas aussi bonne que cela. Elle est utile - c’est certain -, je la consulte régulièrement pour avoir un rapide aperçu d’un sujet. Mais au niveau factuel, on ne peut pas compter dessus, et l’écriture est souvent épouvantable. Je ne voudrais pas en dépendre en tant que source, et je ne la recommenderais certainement pas à un étudiant écrivant un artcile de recherche. »
Addendum :
A suivre :
- Wikipédia, l’encyclopédie asymptotique, une critique du présent article.
- A propos de Wikipédia II, , une auto-critique du présent article.
Commentaires
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A propos de Wikipédia , le 22 octobre 2007 par touvatrebien (2 rép.)
A propos de Wikipédia , le 23 novembre 2007 par Michel
Attention, le blog d’Alithia, qui se fait passer pour un site d’observation et d’analyse de Wikipédia, est en réalité un fatras irrationnel où se mêlent mensonges, falsifications, théorie du complot, diffamations et injures, et une très grande méconnaissance des règles élémentaires de Wikipédia. Ce blog est une escroquerie intellectuelle.
Je vous invite à la plus grande prudence si jamais vous décidiez de le consulter, car Alithia manipule systématiquement les propos de ses contradicteurs pour leur faire dire le contraire de ce qu’ils disent, jusqu’à les accuser d’antisémitisme, voir de tendance cryptique au nazisme... La pluplart des affirmations de sa part, ou des pseudos-commentaires des articles, sont des affirmations gratuites, sans preuve, sans analyse, ou purement et simplement des insultes, ou encore même des inventions complètes (par exemple, si vous avez le malheur de montrer les nombreuses lacunes des propos d’Alithia, vous serez qualifié de wikipédien comploteur, même si vous dites plusieurs fois que vous n’êtes pas wikipédien).
Cette personne s’acharne à insulter tous ceux qui ne sont pas d’accord avec sa thèse que Wikipédia est par nature un repère d’antisémites-fasciste-racistes-sexistes-néo-nazis et j’en passe et des meilleurs.
A propos de Wikipédia , le 29 mai 2008 par alithia
Le sus-nommé "Michel" qui répand ce message partout sur internet sous-entendant l’habituelle folie attribuée aux contempteurs de wikipedia, n’est autre que Marvoir, un spécialiste de la révision des articles de biologie (Darwin, Pasteur ), doublé d’un antisémite , qui a même eu des problèmes à ce sujet sur wikipedia, histoire dont le blog http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/ a fait état .
sur la question précise de l’antisémitisme de Marvoir, vous avez plusieurs articles, dont celui-ci : http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-19402836.html
A propos de Wikipédia , le 15 septembre 2007 par WIKIMERDIA (0 rép.)
excellent article
j’ai pu constater qu’un petite minorité ayant " le pouvoir" pouvait bloquer l’info ,si Ils décidaient que Elle n’avait pas sa place
j’ai eu le malheur de coller un lien vers le site de une section syndicale d’un établissement précis
en moins de temps qu’il en faut on l’a enlevé avec argument " pas lié, spam publicitaire) et qu’un autre lien (sur le syndicat de la boite ,celui la ) existait par ailleurs , je suppose même que le petit flic mouchard qui m’a fait bloqué ,n’a pas vérifier que il y avait deux liens différends avec deux sites différend a et a deux niveaux différend
adaptée aux niveau entreprise et établissement , donc pas de spam ,sinon j’aurai pu mettre les deux liens au niveau entreprise
sinon j’ai remarqué une erreur que j’ai voulu rectifier , ( je suis quant même dans la boite et bien placé pour connaitre ) , un guignol à d’abord retouché , mon dépot a sa sauce et un autre et venu annuler la correction ,sous le prétexte qu’en cliquant sur l’erreur , tu avais l’info qui s’ouvrait.............enfin la même erreur !
du a une proximité géographique de deux entreprises ayant le même secteur d’activités, d’ou la confusion
comme si Pepsi et Coca étaient tous les deux basés à Atlanta et que tu envoi chercher du Pepsi chez Coca , parce que ils ont le meme embouteilleur
celui qui sur le terrain va venir chercher ce que ces guignols ont écrit va chercher longtemps !
ma religion est faite , j’ai pu écrire ce que je voulais sans que personnes ne remettent en cause ma prose en ouvrant un sujet , mais je n’ai pas pu mettre un lien ou corriger une erreur ,minime ,mais erreur tout de même parce que les primo accédents se sont auto promu grand gardien de l’orthodoxie MINIKEDIANE
et comme j’ai autre chose a foutre que d’aller pleurer des admi qui sous prétexte qu’ils sont élus ( pas par moi toujours ) peuvent décider de faire ou ne pas faire
Analyse des wikis , le 15 juin 2007 par Laurélie (0 rép.)
Bonjour, J’ai rédigé un article sur les wikis sur Third Magazine intitulé “Les internautes sont des génies”. Il aborde notamment Wikipédia.
Le résumé de mon article est : “Sur Internet, chacun peut faire profiter les autres de ses connaissances : les wikis l’illustrent bien. Une réflexion sur le principe des wikis, en comparaison avec celui des forums ; et une analyse de Wikipédia et du wiki d’Amazon”.
N’hésitez pas à donner votre avis sur ma petite analyse.
Wikisource , le 9 mars 2007 par Pierre (0 rép.)
Wikipédia ne propose aucune garantie sur son contenu encyclopédique. C’est plus de 6 millions d’articles à vérifier et surveiller sans cesse (soit 20 millions d’erreurs selon la moyenne de la revue Nature). Les articles n’ont, par principe, jamais d’état stable, si bien que Wikipédia est comme le rocher de Sisyphe. Rien que pour la Wikipédia anglophone, il y a au moins 200 000 modifications par jour.
Pas de validation, une surveillance très difficile, voir impossible, cela conduit inévitablement à de nombreuses erreurs et à des manipulations idéologiques.
Il existe en revanche un autre projet de la Fondation, Wikisource. Là, la validation du contenu est prévue et les textes peuvent être bloqués définitivement. Avec Wikisource, vous avez donc l’assurance de contribuer à un projet au contenu qui se stabilise conformément à des critères objectifs (le texte, tel qu’édité sur papier). Les lecteurs seront donc assurés de lire de grands classiques et des textes rares correctement édités ; ils pourront s’intruire en se nourrissant des grandes créations littéraires de toutes les cultures de l’humanité.
Plutôt que de parler sans cesse de Wikipédia et d’entretenir ainsi la médiocrité générale, je propose de porter notre attention vers ce site qui s’est donné les moyens d’être sérieux dès ses principes. Je propose d’inciter à l’édition, à l’apropriation et à la lecture d’œuvres dont les enseignements intellectuels ne se peuvent comparer avec la confusion, l’erreur et l’ignorance inhérentes à la mentalité wikipédienne. Je propose de développer Wikisource pour en faire une bibliothèque universelle, propre à l’éducation, à l’élévation spirituelle ainsi qu’aux plaisirs de la lecture simplement curieuse.
http://fr.wikisource.org
Autres caractères pervers de Wikipedia , le 20 février 2007 par Cyparis (1 rép.)
Vous signalez un certain nombre de problèmes basiques non négligeables mais il y en a d’autres.
A savoir que le moindre désaccord ou conflit sur Wikipedia devient vite une expérience franchement kafkaienne avec procès public selon des formes très lourdes et très prétentieuses où les administrateurs ont autorité.
Je ne parle pas des exemples de diffamation nominatives en marge de certains articles comme ça m’est arrivé de la part d’individus sectaires en prise avec un certain mouvement traditionnaliste lié à une religion devenue une source de vive inquiétude contemporaine. J’aurais un livre a écrire sur les démêlés que j’ai eu à subir en l’espace de 15 jours pour avoir osé aborder des questions disputées.
J’ai finalement renoncé. Wikipedia n’a d’intérêt que pour des sujets bateaux quand des scribes sans trop de prétention font de la bonne compilation. C’est donc assez limité comme intérêt...
Autres caractères pervers de Wikipedia , le 9 mars 2007 par alithia
D’acord avec vous : j’ai fait la même expérience. Si vous écrivez sur la vie des escargots dans la basse Bourgogne personne ne viendra vous chercher querelle. Si vous écrivez sur des sujets qui partagent ou sont source de conflits, vous découvrirez vite qu’il est impossible d’écrire comme il se doit c’est à dire de manière distanciée, rigoureuse, bien informée, objective, le plus exacte possible et aussi analytique que possible et aussi peu partisane que possible.
Sur tous les sujets qui demandent cette connaissance, ce souci de vérité et d’exactitude et cette capacité d’analyse qui retiennent un rédacteur de mobiliser ses propres croyances ou engagements et parti-pris, vous vous apercevez vite qu’il n’est pas possible d’avoir une attitude dépourvue de passion et qui ne relève que de la compréhension et de la connaissance. Car sur ces sujets c’est la passion qui règne et l’esprit partisan. Et de manière organisée.
Car vous vous heurterez à des bandes de partisans du courant d’idées, ou de l’école de pensée, de la chapelle, (voire de la secte) ou du courant politique en question, que des gens bien organisés défendent de manière très déterminée, et qui viendront vous empêcher, par tous les moyens y compris harcèlement, intimidation, injures, menaces, punition, et autres procédés déloyaux faits de mauvaise foi et qui n’ont rien, absolument rien, d’une disposition propre à un rédacteur d’encyclopédie.
Sur wikipedia c’est la la loi du plus fort qui règne sur les sujets qui divisent et des bandes patrouillent pour surveiller que les inflexions données aux articles ne soient pas rectifiées dans un sens plus sérieux et plus vrai. Ainsi nous avons en effet quantité d’articles qui soutiennent certains courants politiques qui sont pourtant désapprouvés , critiqués et combattus dans le pays, par la majorité démocratique et les institutions.
Wikipedia ne peut rédiger correctement que des articles sur des sujets sans enjeux et de peu d’intérêt hormis factuel. Pour la pensée et la compréhension, il vaut mieux voir ailleurs et se tourner vers les encyclopédies classiques.
-----> mythe de la neutralité de wikipedia ; propagande et censure sur wikipedia ;
A propos de Wikipédia , le 16 octobre 2006 par Jean-Rémi Gandon (1 rép.)
Les questions que soulèvent cet article me semblent intéressantes et mériteraient une longue réponse. Je me bornerais à indiquer des directions :
Quels sont les processus traditionnel de légitimation d’un discours (cf Foucault, l’ordre du discours)
Wikipedia n’est-il pas une expérience intérressante, même si elle risque d’échouer, de produire un discours sans autorité (scientifique). Par là, eviter ce recours systématique à une verticalité, à une caution, à une élite
Rapport savoir/pouvoir : élite intellectuelle, discours et pouvoir = (entre autre) certain sujet abordé dans Wikipédia ne peuvent pas être traité ailleurs = les marges du savoir institutionnalisé
Le probléme de la validité d’une information n’est-il pas plus généralement celui d’internet dans son entier. Peut-être un prés-requis pour la consultation de wikipédia serait-il de s’informer sur les moyens de valider une info : croisement des sources etc...
Si autorité, alors, centralisation. Peu d’expérience d’horizontalité dans l’histoire. La verticalité reprend toujours le dessus. Par exemple la bonne vieille question : le peuple est-il apte à gouverner ? (cf Rancière (la haine de la démocratie))
Wikipédia : une expérience de savoir ou/et une expérience politique ?
A relier
Voilà, c’est rapide, mais ce sont de piste pour un sujet qui me semble important.
A propos de Wikipédia , le 29 novembre 2006
Bonjour.
Wikipedia, cette inconnue, très mal connue.
1°) Dans wikipedia, il y a une hierarchie de fonctions et une sorte de police. 2°) Il y a des autorités scientifiques fussent elles anonymes et sans doute plus nombreuses que dans n’importe quelle société privée. 3°) Il y a une nécessité de références de fait et en particulier sur les sujets polémiques. 4°) La verticalité est un besoin, l’horizontalité une nécessité.
5°) L’histoire va aussi dans le sens de élargissement des communautés.
6°) Ce n’est pas politique au sens moderne.
Wikipedia ordonne et fédère les connaissances plus que les autres encyclopédies, plus que les livres ou la TV et a deja généré des connaissances nouvelles, des corrélations juqu’alors inconnues bien que jusqu’a présent cela soit surtout un travail de copistes du moyen age.
Vous etes dans un new moyen age, wikipedia regarde et pointe déjà sont nez vers une new renaissance.
Une pythie de l’oracle. (mel) Salutations.
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