Les logiciels libres au lycée Merleau-Ponty de Rochefort

Historique
Le lycée Merleau-Ponty a été « pionnier » en informatique lors de la première tentative d’informatisation de l’Éducation nationale.
Ce qui paraissait à l’époque une chance est devenu un handicap : très tôt doté, le lycée a été par la suite « oublié » de la Région et l’évolution ne s’est faite, ni au niveau du matériel, ni au niveau de la formation des collègues. En 1994, lorsque je suis arrivé, un groupe de professeurs ayant bénéficié des formations lourdes proposées lors du plan « Informatique pour tous » avaient de solides compétences en programmation Pascal, LSE ou autre, étaient à l’aise sous DOS, mais n’étaient pas trop au courant des nouveautés.
Quelques années plus tard, le retard s’était creusé : le lycée avait un matériel franchement obsolète (un parc hétéroclite de 386 et de 486 à bout de souffle et quelques Pentium déjà dépassés), hormis pour les secteurs des technologies tertiaires qui pouvaient se mettre à niveau grâce à la taxe d’apprentissage. Au niveau logiciel, la situation n’était guère meilleure : des vieilles versions de Word et d’Excel tournaient poussivement, le lycée n’ayant pas les moyens financiers d’acheter les dernières versions.
C’est à peu près à cette époque (vers 1997) que j’ai découvert Linux et le monde des logiciels libres. Depuis, je n’ai eu de cesse d’essayer de faire admettre les logiciels libres dans le lycée.
J’ai été aidé dans cette tâche par deux personnes : un collègue, Abel Segouat, détaché à l’équipe informatique du CDDP de La Rochelle (dispositif Rapsodie), qui a appris Linux avec moi, et le Proviseur arrivé en 1999 qui a pris conscience de l’urgence de mise à niveau informatique du lycée, et de l’intérêt des logiciels libres.
Notre action s’est traduite par la création d’un Comité de pilotage informatique en 2000. Son objectif principal était la constitution d’un dossier pour demander le câblage généralisé de l’établissement, que nous avons obtenu en 2002, mais dont la réalisation ne commencera que fin 2003. Mais une orientation avait été prise : celle d’équiper systématiquement les nouveaux postes ne dépendant pas des filières tertiaires de logiciels libres, ou à défaut gratuits.
Parallèlement, devait se mettre en place un intranet d’établissement, justification pédagogique du câblage.
C’est donc tout naturellement que le choix s’est porté sur un serveur tournant sous Linux.
L’état des lieux : postes clients sous Windows
Le lycée possède des sections tertiaires (STT) et des sections STS (dont une section Informatique de gestion) qui possèdent leur propre parc, financés par la taxe professionnelle ou provenant de dons. Le système exclusif y est Windows, côté serveur comme côté client. Les logiciels utilisés sont des produits Microsoft, souvent datés.
Le reste de l’établissement, de 1400 élèves environ, a longtemps fonctionné avec un serveur Novell (au CDI et à l’administation) et des clients Windows. Ce système, très onéreux, ne servait qu’à faire tourner un logiciel propriétaire, BCDI, au CDI et il ne sert aujourd’hui à l’administration que pour GEP ! En fonction des moyens, les postes étaient ou non équipés des suites Microsoft, souvent dépassées et, quelquefois hélas, piratées ! La grande majorité des postes n’étaient pas en réseau.
Grâce à l’action du Comité de pilotage, le lycée a pu bénéficier de subventions lui permettant l’achat de postes neufs. Ces postes ont été installés au CDI, rénové en 2001, en salle des professeurs, et à l’administration. Chaque fois, ces postes ont été équipés de logiciels libres ou gratuits : The Gimp, Xnview, Mozilla, LeechFTP, et bien sûr, StarOffice (5.1 puis 5.2).
Actuellement, les logiciels choisis sur les postes clients windows sont :
- OpenOffice 1.0.3 (passage à OOo 1.1 sous peu !)
- Mozilla Firebird
- The Gimp
- XnView
- FileZilla
Il manque malheureusement actuellement un équivalent libre à Dreamweaver. Nous utilisons la version 2, largement distribuée par les fournisseurs d’accès.
Enfin une salle en terminaux X a été utilisée plus d’un an. Elle avait été équipée de 486 DX 100, avec un serveur sous Mandrake 7.2, et le XtermKit de Jacques Gélinas. Malheureusement, les postes arrivaient en fin de vie et nous ont laché les uns après les autres.
Voir le compte-rendu à :
http://www.linux-france.org/prj/edu....
L’intranet : un serveur sous Linux
Le serveur web tourne sous la Mandrake 8.2 installée en serveur. Des scripts de post-installation écrits par Abel Segouat (abel.segouat@ac-poitiers.fr) configurent le serveur FTP (ProFTP), créent des utilisateurs administrateurs (du web, du ftp), créent pour chaque utilisateur un répertoire public_html et un répertoire travail pour stocker des fichiers. Un autre script permet la création d’utilisateurs à partir d’un fichier généré par GEP, ainsi que les logins/mot de passes nécessaires à l’intranet.
L’intranet est écrit en PHP et fonctionne avec MySQL. Il s’agit de PIANO, projet dérivé de Claroline de l’Université de Louvain (Belgique), développé par une équipe de professeurs titulaires du Diplôme Universitaire « Ingénierie Multimédia pour l’Enseignement » (DU-IME) lors de leur année d’études. Vous trouverez PIANO à l’adresse suivante :
http://micheleric.cabaret.free.fr/piano.
PIANO n’est que la partie coopérative de l’intranet, qui contient également un grand nombre de pages html statiques. Chaque professeur peut utiliser le ftp pour envoyer des pages dans son répertoire personnel, public_html pour les pages web, travail pour les autres types de fichiers.
Résistances et difficultés
L’ensemble des collègues est très peu au fait de l’informatique et est persuadé qu’il n’existe rien en dehors des produits Microsoft. Ce ne sont pas les plus difficiles à convaincre.
n revanche, les utilisateurs réguliers des logiciels propriétaires sont plus réticents à l’introduction des logiciels libres. Investissement important dans des logiciels qu’ils connaissent bien, peur de l’inconnu, faux arguments (du type « les entreprises travaillent avec M$ Office, donc on ne travaille qu’avec Office »), incompréhension déontologique (piratage systématique chez certains), absence de curiosité, sont quelques-unes des raisons de leur inertie.
La seule façon de convaincre est de montrer l’équivalence qualitative des solutions alternatives. Et ce n’est pas toujours facile ! Les critiques qui me reviennent sans cesse sont :
- pourquoi je ne peux pas utiliser le point du pavé numérique comme sous Excel ?
(j’avoue que j’ai été content quand j’ai vu qu’il existait désormais une solution...) - sous Word, l’éditeur d’équations est plus facile et plus performant !
(ça, c’est vrai, et c’est un sacré obstacle au déploiement d’OOo chez les profs de math) - pourquoi je ne peux pas redimensionner les tableaux à la main ?
(heureusement c’est corrigé dans OOo 1.1) - je n’arrive pas à lire mon fichier Publisher !
(oui, malheureusement, Publisher est très utilisé dans l’EN)
Plus généralement, les collègues se plaignent que ce ne soit pas « comme chez eux » ! A cela, je leur réponds qu’il ne tient qu’à eux de faire en sorte que... en installant OOo chez eux !
En ce qui concerne l’intranet, les pratiques sont pour l’instant quasi-inexistantes, malgré les avantages évidents. Je m’en sers avec une classe dans le cadre d’un Atelier scientifique, et les élèves ont vite pigé le coup.
Bilan
Même s’il est trop tôt pour conclure sur la réussite ou non de l’expérience, plusieurs point sont à noter :
- OpenOffice et les autres LL (Gimp, Mozilla) s’installent doucement dans le paysage. Un nombre non-négligeable de collègues utilise OOo de façon régulière, et s’y habitue ;
- Certains commencent à s’intéresser aux LL et à Linux. De l’attitude hostile ou indifférente des débuts, on passe à une attitude attentive ;
- La direction (une nouvelle équipe cette année) semble consciente de l’enjeu et comprend l’intérêt des LL, pas seulement financiers.
De plus en plus d’expériences voient le jour dans divers établissements et cela se sait.
Le fait que l’on puisse utiliser une alternative aux logiciels propriétaires séduit un nombre croissant d’enseignants, lassés de l’omniprésence étouffante de certaines entreprises dans le monde de l’informatique.
[1] Le dessin ci-dessus est l’oeuvre de Yusrina Fauziah Rangkuti (Indonésie, 10 ans) dans le cadre du concours "Child Freedom, My Drawing, My Rights".
Commentaires
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Les logiciels libres au lycée Merleau-Ponty de Rochefort , le 18 septembre 2007 par bozier (0 rép.)
Bonjour,
L’inertie affichée par certains collègues de ce lycée ressemble trait pour trait à ceux que j’ai pu connaître dans le précédent établissement où je travaillais. Maintenant, j’enseigne à l’université dans un environnement unix initialement et linux depuis 3 ans. Il est évident qu’il faut savoir se montrer souple et ouvert d’esprit mais c’est passionnant et jouissif de se passer de Windows !!
Les logiciels libres au lycée Merleau-Ponty de Rochefort , le 5 janvier 2007 (0 rép.)
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